
Recrutement en maintenance : une crise durable
Recrutement en maintenance : une crise durable
Ce n’est un secret pour personne. Depuis plusieurs années, le recrutement des techniciens de maintenance et autres métiers associés (techniciens méthodes, adjoints ou responsables maintenance/atelier…) est un véritable chemin de croix pour les recruteurs et RH. On estime en 2026 (chiffre de France Travail, BMO 2026) que 7 recrutements sur 10 sont jugés difficiles et les postes vacants plusieurs mois sont désormais la norme.
Alors, pourquoi une telle difficulté ? Pénurie de techniciens, besoins trop importants, manque de clarté… C’est ce que nous allons tenter de comprendre dans ce court article.
Pour avoir discuté avec de nombreux acteurs différents ou même simplement pour l’avoir vécu, plusieurs causes sont clairement identifiées.
Le manque de techniciens
La filière peine à recruter. En tant qu’enseignant, j’ai eu l’occasion de le voir et de le vivre au plus près durant un an en lycée professionnel. La filière et le métier manquent cruellement de visibilité. Les jeunes qui s’engagent dans cette voie, généralement en sortie de collège, sont malheureusement à un âge où l’on change d’orientation comme de skin sur Fortnite… En sortie de Bac, sur une classe de 20 élèves, on peut éliminer : ceux qui n’ont pas le diplôme, ceux qui ne continuent pas sur cette voie ou bifurquent, ceux qui ont abandonné en cours d’années, ceux qui sont là sans être là… Ce qui laisse très peu de « techniciens en devenir ». Et sur ceux qui poursuivent, on peut encore éliminer ceux qui n’adhérent finalement pas au métier et changent radicalement de voie.
Et pourquoi pas ouvrir plus de classes ? Ce serait une solution. Mais pour ouvrir une classe, encore faut-il qu’il y ait des professeurs en face. Or, les enseignants techniques sont eux aussi de plus en plus rare. Le taux de départ en retraite est supérieur au taux des entrants… D’ici quelques années, ce sera un véritable problème et qui, malheureusement, est encore sous-estimé
La différence utilité & salaire
Depuis que je suis sur Linkedin (soit 5 ans environ), mon fil est systématiquement rempli de posts de recruteurs/ses vendant le métier comme étant le super-héros de l’usine celui sans qui rien ne tourne et rien ne serait possible… C’est flatteur !
Et pourtant, quand on inspecte les offres, on est loin du salaire de Bruce Wayne. La majorité du temps, le salaire annoncé dépasse rarement les 35k€ bruts annuels soit… à peine plus de 2000€ et généralement en 39h ou posté.
Quand on connait l’exigence du métier et son hyper polyvalence, ce n’est finalement pas très cher payé, surtout que ce salaire est accessible pour les profils confirmés. Les jeunes en sortie de diplômes peuvent difficilement espérer plus de 1700€ net par mois.
Difficile donc d’attirer les candidats, sachant qu’en cas de panne, l’intégralité de la production repose sur nous…
Le manque de reconnaissance
Même si la majorité font ce métier par passion, il faut bien admettre que la filière souffre toujours d’un cruel manque de reconnaissance.
Qui n’a jamais entendu l’expression «Quand c’est en panne on est un âne, et quand on réussit un exploit, c’est normal c’est notre métier ! » ?
Encore maintenant, beaucoup de dirigeants et financiers voient le service maintenance comme un poids mort : le service ne produit rien et dépense parfois beaucoup.
Et la production n’est pas mieux. Dans nos carrières respectives, on a tous connu au moins une fois la fameuse phrase «On avait prévu un arrêt de 4h pour entretien. Mais finalement on doit tourner. On se fixe ça une prochaine fois ? » Et la suite, tout le monde la connait : l’entretien finit par être oublier, le système s’use prématurément et la casse finit par engendrer une perte 3x à 10x supérieur à l’arrêt initialement prévu…
Le service pompier
Encore aujourd’hui, nombreuses sont les entreprises dont le service maintenance est encore trop dans la « réaction en urgence » : on répare en urgence, on commande en urgence, on organise en urgence…
A force, les techniciens qui souhaitent du cadre et faire leur travail de façon correct avec des tâches préventives prédominantes s’usent et finissent par partir.
Même si ce n’est pas une raison majoritaire, le fait de travailler constamment sous pression sans aucune visibilité à long terme participe au turn-over.
La fidélisation
Car oui, si recruter est un exploit, garder un technicien plus d’un an en c’est une autre paire de manches ! Les raisons sont elles aussi nombreuses et rejoignent les points précédents. Et dans un système où le technicien a clairement le choix de l’entreprise, rares sont ceux désormais qui hésitent à changer pour trouver mieux ailleurs. Actuellement, il n'est pas rare de trouver des entreprises qui peinent à garder un technicien plus d'un ou deux ans, faute d'avoir adapté leur organisation et leur vision du métier.
Nous l’avons vu, le recrutement est légèrement plus complexe que le simple « On manque de bras ! ». Certes, la filière est en tension et les différents acteurs de la formation peinent à combler les départs en retraite et satisfaire des besoins de plus en plus importants en maintenance mais parfois, on a également l’impression que les recrutements de techniciens sont un peu trop pris à la légère.
Car un technicien, comme bien d'autres, ce n'est pas qu'une ligne Excel, un atelier et des outils à fournir. C'est également un environnement où il va réellement se sentir utile et reconnu pour son expertise.
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