
Le retour d'expérience :le grand mensonge organisationnel
Le retour d'expérience :le grand mensonge organisationnel
On avait fait les choses bien. Un REX en bonne et due forme, avec un fournisseur, suite à plusieurs défaillances constatées. Une vraie analyse. Des actions décidées ensemble, noir sur blanc.
Et puis rien. Le quotidien a repris le dessus. Les actions sont restées sur le papier. Et la panne — la même — est revenue.
Ce n'est pas un manque de méthode. Le REX était solide. C'est un manque de suite.
Le mensonge qu'on se raconte
Dans la plupart des organisations, on dit qu'on fait du REX. C'est même souvent vrai — l'analyse existe, elle est documentée, parfois même bien menée.
Le mensonge n'est pas là. Il est dans ce qui suit : on part du principe qu'un plan d'action décidé est un plan d'action qui vivra. Qu'une fois écrit, il s'exécute presque tout seul.
Il ne s'exécute jamais tout seul.
Ce que le quotidien fait aux bonnes intentions
Un plan d'action REX, sans portage actif, perd contre le quotidien à tous les coups. Pas parce que les gens s'en désintéressent — parce que rien, dans l'organisation du temps, ne vient rappeler qu'il existe encore.
La panne suivante arrive. Une urgence chasse l'autre. Et le plan d'action, lui, reste identique à sa version du jour où on l'a écrit — non traité, non relancé, non révisé.
Ce n'est la faute de personne en particulier. C'est un mécanisme : ce qui n'est pas suivi dans le temps finit toujours par disparaître, même quand il a été décidé avec sérieux.
Deux autres fuites, qui aggravent le problème
Le suivi n'est pas la seule fuite. Deux autres méritent d'être mentionnées, même si elles ne sont pas le sujet central ici.
D'abord, la qualité des actions elles-mêmes. Un REX qui n'a pas creusé jusqu'aux vraies causes profondes produit des actions superficielles, parfois même irréalisables. Un plan d'action mal fondé n'a de toute façon aucune chance de tenir dans le temps.
Ensuite, le partage. Un REX qui reste dans un dossier, connu de trois personnes, n'a aucune valeur collective. La communication autour du retour d'expérience reste un sujet difficile dans beaucoup d'organisations — et un technicien surchargé n'a ni le temps ni la mission de tout relire. Ce qui doit circuler doit être court, simple, accessible.
Mais même un REX bien construit et bien diffusé meurt s'il n'est jamais revisité. Le suivi reste le maillon qui décide, au final, si le REX a servi à quelque chose ou pas.
Construire une organisation qui suit
La solution n'est pas complexe sur le papier. Elle est exigeante dans la durée.
Revoir régulièrement le plan d'action. Pas une fois, à la clôture du REX — de façon récurrente, jusqu'à ce que chaque action soit réellement soldée.
S'appuyer sur un outil de suivi plutôt que sur la mémoire collective. Un outil comme Microsoft Planner, par exemple, permet de centraliser les sujets, avec un pilote et une échéance identifiés pour chaque action. Rien de sophistiqué — mais visible, daté, assigné.
Un plan d'action sans date de revue et sans pilote n'est pas un plan d'action. C'est une intention.
Conclusion
La mémoire des organisations est courte, non pas parce que les gens oublient — mais parce que rien n'est construit pour qu'ils se souviennent. Le REX n'échoue pas au moment de l'analyse. Il échoue dans les semaines qui suivent, quand plus personne ne le regarde.
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