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Il faut sauver le soldat Enseignement Pro

Il faut sauver le soldat Enseignement Pro

Il faut sauver le soldat Enseignement Pro

7 min de lecture

Pour la seconde année scolaire consécutive, je suis enseignant contractuel pour les BAC PRO MSPC (anciennement MEI ou MSMA).

Si on m’avait dit que je me retrouverai devant 15 élèves quelques années auparavant, je ne l’aurais jamais cru !

Et pourtant… c’est bien le cas et même si c’est un métier des plus exigeants (contrairement à la légende), c’est également là où je me sens réellement utile.

Mais c’est également un pan de la maintenance qui est très largement négligé et sur lequel je souhaite revenir avec vous au long de cet article.

 

 

1.       UNE PENURIE GLOBALE

Je ne vais apprendre cela à personne (surtout sur la plateforme) mais la maintenance est dans une crise qui ne fait que s’accentuer.

Ces dernières années, tous les sondages et enquêtes s’accordent sur une chose : recruter un technicien de maintenance relève du parcours du combattant. Beaucoup de demande, très peu d’offres…

A mon sens, le milieu est encore surtout très mal compris par les RH et autres recruteurs. On nous présente comme des super-héros et des MacGyver alors que nous le savons tous, personne n’aime réparer une machine avec une clé à molette de chez Action et trois bouts de scotch ! Mais là n’est pas le sujet…

 

Cette crise, nous la retrouvons également dans l’enseignement et ce, de façon presque plus violente. Les profs d’enseignement technique se font de plus en plus rare (au point qu’on en vient à me mettre moi devant des élèves).  Quant au remplissage des classes, il est également incertain au fil des années. Rares sont les lycées possédant plusieurs sections de maintenance. La plupart tournent avec 15 à 20 élèves par niveau, voir moins.

Et en sortie de BAC, il faut encore patienter pour retrouver les élèves sur le marché du travail.

La majorité poursuivent en BTS voir en licence PRO (et ils ont bien raison).  Mais quand on fait les calculs, le nombre de chercheur d’emploi se réduit vite à peau de chagrin.

 

Prenons une classe de 20 élèves. Sur ces 20, nous pouvons déjà éliminer les candidats qui vont échouer au bac. Pour un taux d’obtention à 75%, nous pouvons donc retirer 5 candidats.

Sur les 15 restants, il faut bien le dire, seuls la moitié ont éventuellement le potentiel pour une poursuite d’études, soit 7 élèves. Globalement, les autres vont soit changé de voie (4 d’entre eux) soit prendre des postes d’agents de maintenance, ce qui est déjà cela de pris.

Revenons-en aux 7 samouraïs. En étant parfaitement honnêtes, sur ces 7, ils ne seront que 3 ou 4 a réellement crocher dedans, obtenir leur diplôme supérieur et enfin accéder au monde du travail.

Donc, pour une classe de 20, vous voyez bien qu’au final, ce ne sera pas 20 candidats qui seront prochainement sur le marché du travail mais bien 3 à 4 de façon immédiate (sortie de bac) et encore 3 à 4 autres dans deux à trois ans pour des postes de techniciens…

 

L’écrémage fait mal et cela, les entreprises doivent bien en avoir conscience.

 

2.     MANQUE DE MOYENS

2500€

Ce chiffre c’est la dotation annuelle moyenne pour le fonctionnement d'un atelier de maintenance en lycée pro.

 

2500€ pour acheter de l’outillage, acheter des consommables, du petit matériel…

 

2500€ pour… 45 élèves en moyenne !

 

Tous ceux qui me lisent et qui ont déjà effectué des commandes savent que 2500€ c’est à peine leur budget mensuel.

 

Quant aux investissements… Ils sont à mon avis bien trop timides et fortement étranglés par notre cher administration.

Pour un projet de machine didactique neuve, il faut des mois voir des années de procédure administrative, de montage de dossier de financement, d’accord d’obscures officines qui ne voient plus d’élèves depuis des lustres.

 

A titre d’exemple, avec mes élèves je travaille sur exactement les même machines que j’ai pu connaitre à mon tour quand j’étais à leur place, presque 20 ans en arrière !

 

Comment faisons-nous alors ?

Comme beaucoup, les professeurs se débrouillent avec du vieux matériel. Nous avons tous connu durant notre apprentissage à dépoiler des moteurs aux arbres sulfatés par les mauvais démontage, aux vérins incomplets…

Hé bien cela continue encore !

Si dans une certaine mesure, c’est à mon sens le meilleur moyen d’apprendre les gestes de bases, le système montre rapidement ses limites quand il s’agit de faire le lien entre ce que les gamins voient au LP et ce qu’ils vont vraiment faire une fois lâchés dans la nature.

 

 

3.     QUE FAIRE, MOI QUI AI LES MOYENS D’AGIR AU SEIN DE MON ENTREPRISE?

Sans non plus faire dans la charité, il existe de nombreux leviers pour améliorer un peu l’ordinaire du LP avec une section maintenance dans votre secteur.

 

Les dons de matos

Vous changez des composants un peu obsolètes sur une machine ou dans un secteur ? Des pièces dorment sur une étagère ?

Pensez à l’enseignement. Sans non plus offrir des tas de pus indémontables, les LP sont souvent demandeurs de nouvelles matières.

Le point bloquant (et ceux qui ont voulu donner ont sans doute été confronter à cela), c’est l’aspect sécurité/réglementaire. Pour des raisons évidentes de sécurité, les enseignants ne peuvent pas faire travailler des élèves mineurs sur des systèmes « bricolés »

Mais un coup de téléphone au LP ne coûte pas grand-chose et parfois, avoir du sang neuf en termes de matos peut nous permettre de travailler différemment, de leur faire des TP qui soient plus en phase avec l’industrie actuelle.

 Les stages

Je vois déjà votre grimace derrière votre écran ! Oui, les stages… Je suis passé par là, que ce soit en tant que stagiaire ou en tant que technicien en double avec un stagiaire. C’est parfois pénible. Le gamin s’en fout, arrive en retard, fait n’importe quoi…

Parfois, on ne sait même pas l’occupé ni quoi lui donner à faire.

Mais cela reste une étape clé dans la vie professionnelle et les élèves en ont besoin pour leur scolarité.

D’autant qu’hormis les secondes qui découvrent le milieu pro, les stagiaires en Première et Terminale veulent un stage purement maintenance et sont au contraire demandeurs de travail et de perfectionnement.

C’est un investissement et un pari, j’en suis conscient, mais c’est sûrement le meilleur que vous puissiez faire pour votre service. Prendre un stagiaire sur plusieurs périodes, c’est augmenter vos chances que le stage se transforme en apprentissage et que l’apprentissage se transforme en poste. Et si vous vous dites « C’est bon, j’ai le temps de voir venir », rappelez vous de l’énergie nécessaire pour recruter quelqu’un de 100% nouveau…

 

Les partenariats

Par partenariats, je n’entends pas sponsoring comme dans le sport mais bien une visibilité au sein du LP.

La visibilité, cela peut être quoi ? Faire visiter l’entreprise à une classe, intervenir durant les forums et autres évènements. Pour les fournisseurs, cela peut également être l’occasion d’un temps professionnel directement au sein des classes pour présenter ce qui se fait en industrie (appareils de mesures, usinage…)

Les bureaux des entreprises des LP sont toujours demandeurs de ce genre d’intervention. Quant aux professeurs, vous vous doutez bien que c’est également banco pour nous !

 

 

Alors, la prochaine fois que vous voyez un C.V pour un stage ou que vous ne savez pas quoi faire d’un vieux réducteur… Repensez à cet article 😉

Florent Lecourt
Florent Lecourt

formation-diplomes

Après 15 ans en tant que mécanicien dans la Marine Nationale ou technicien dans différentes usines et PME, me revoici à l'école... Mais de l'autre côté du bureau !

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